11 Septembre, la perte de l’innocence

Les Règles d’usageLes règles d’usage, Joyce Maynard, éditions Philippe Rey, 22 euros

Wendy, 13 ans, mène la vie simple d’une adolescente ordinaire à Brooklyn entre sa mère, secrétaire, son beau-père Josh, musicien, et son petit frère de 4 ans, Louie. Ce bonheur sans conscience prend fin le 11 Septembre 2001 : sa mère part travailler au World Trade Center mais ne revient pas. Dès lors, le quotidien prend un goût de cendres, les choses se délitent comme les affiches des disparus qui se décollent peu à peu, et l’espoir s’amenuise pour la famille de Wendy. Comment grandir dans un monde bouleversé, privé des règles d’usage habituelles?

Un changement radical s’impose à la jeune fille, qui part vivre en Californie avec son père qu’elle connaît à peine – tiraillée entre la culpabilité de laisser son frère et son beau-père et le charme de cette vie inédite. Joyce Maynard décrit admirablement les tourments de l’adolescence et le sentiment de perte dans un monde où tous les repères ont disparu ; elle sait capter au plus près les détails du quotidien graves ou légers et décrire les relations familiales dans toute leur ambivalence.

Un roman d’apprentissage émouvant et juste, qui résonne amèrement quand la liste des victimes d’attentats terroristes ne cesse de s’allonger.

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Chronique d’un drame annoncé

Résultat de recherche d'images pour "livre chanson douce leila"Chanson douce, Leila Slimani, éditions Gallimard, 18 euros

« Chanson douce » est un livre au titre sibyllin qui nous pousse dans nos derniers retranchements. Paul et Myriam, jeunes parents issus d’un milieu aisé, engagent une nourrice pour s’occuper de leurs deux enfants à domicile afin que Myriam reprenne le travail. Louise se révèle parfaite, facilitant leur quotidien et prenant une place prépondérante dans leur vie…jusqu’au drame.

Leila Slimani réussit l’exploit d’accrocher le lecteur alors qu’elle annonce tout de suite la couleur avec une scène d’ouverture glaçante, celle du meurtre des deux enfants. Mais la force du livre réside justement là : chronique d’un drame annoncé, « Chanson douce » maintient une tension sourde, créant une montée en puissance vers l’inexorable dénouement. C’est un autre combat qui se joue en coulisses, celui d’une implacable lutte des classes, le couple faisant miroiter à Louise une autre vie possible, et celui d’une rivalité insidieuse entre la mère et la nourrice, là où se joue le pouvoir maternel.

Un roman qui dit beaucoup de notre société qui veut tout « gérer » jusqu’à l’épanouissement de ses enfants. Est-ce Louise qui glisse vers la folie dans un fantasme de toute-puissance ou notre société qui explose à force de vouloir tout contrôler? Une plume crue et incisive, un roman acerbe et résolument contemporain qui honore cette rentrée littéraire.

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Un lumineux portrait de femme

Résultat de recherche d'images pour "livre nora webster colm"Nora Webster, Colm Toibin, Robert Laffont, 21 euros

Le destin d’une femme dans l’Irlande puritaine des années 60. La vie de Nora bascule lorsque son mari meurt des suites d’une longue maladie, la laissant seule avec leurs quatre enfants, Fiona et Aine, deux jeunes filles en âge de s’émanciper, et Donal et Connor, deux garçons plus jeunes. Dans la petite ville où tout le monde s’épie, Nora doit surmonter les problèmes financiers et organiser la vie de ses enfants, sans compter les visites impromptues de connaissances pleines de compassion. Au sein d’une communauté qui tend à l’enfermer dans son rôle de veuve éplorée, Nora tente de s’affranchir des carcans pour conquérir sa propre place et retrouver, peu à peu, le goût de vivre.

Colm Toibin nous offre un superbe portrait de femme, servi par une écriture sobre qui va à l’essentiel. Il décrit avec pudeur les petites choses de la vie comme les émotions plus profondes et donne à voir la solitude de « celui qui reste ». Un roman sensible et délicat, une héroïne infiniment attachante qui, à force de courage et de volonté, essaye de trouver sa propre place.

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Des pépites en format poche

Résultat de recherche d'images pour "les corps inutiles livre de poche"Les corps inutiles, Delphine Bertholon, Livre de Poche,  7.30 euros

C’est peu de dire que Delphine Bertholon ne fait pas dans les bons sentiments : son roman est noir, baignant dans une ambiance glauque, peuplé de personnages fragiles et désabusés. Pourtant, une lueur d’espoir subsiste au sein de ce chaos, car l’auteur a su rendre attachants ses personnages, dont les failles et les faiblesses sonnent juste.

Clémence a 15 ans et se rend à une fête pour la fin de l’année scolaire. Dans une ruelle, un homme l’agresse ; rien ne sera plus jamais pareil…On retrouve Clémence à 30 ans, installée dans le sud, maquilleuse à « La Clinique », une usine qui fabrique des poupées grandeur nature pour adultes frustrés et fortunés. Solitaire, la jeune femme a perdu le contact avec ses propres émotions ; tous les 29 de chaque mois, elle célèbre un sinistre anniversaire en séduisant un inconnu.

Delphine Bertholon aborde un sujet difficile d’une façon subtile et montre comment une jeune fille peut se mettre en danger lorsqu’elle a subi une violence et comme le chemin est long pour se réapproprier son corps et ses émotions. Elle nous livre une réflexion sur la violence et l’intime et comment en sortir pour faire confiance à nouveau.

Juste Avant L'oubliJuste avant l’oubli, Alice Zeniter, J’ai Lu, 7.10 euros

Le fantôme d’Agatha Christie hante l’atmosphère du roman d’Alice Zeniter. Une poignée de passionnés universitaires se réunissent sur l’île de Mirhalay, au large de l’écosse, pour rendre hommage au grand écrivain Galwin Donnell, qui s’y donna la mort en se jetant d’une falaise. Cette fois-ci, c’est la jeune thésarde Emilie qui organise le colloque rituel. Son compagnon Franck, modeste infirmier sans prétention, doit la rejoindre et compte bien lui proposer un avenir amoureux tout tracé. Mais sur l’île, rien ne se passe comme prévu…

A travers ce regroupement de spécialistes autour de la figure de l’écrivain maudit Galwin Donnell, sorte de mélange entre Ernest Hemingway, Peter May et Romain Gary, Alice Zeniter nous offre la peinture ironique d’une communauté d’intellectuels ergotant sur des points de détail pour notre plus grand bonheur. Mais c’est aussi le roman de la fin d’un couple et le portrait en creux de l’héroïne dans le regard amoureux de Franck, ainsi qu’un roman policier – car Galwin Donnell s’est-il vraiment jeté du haut de la falaise?

Servi par une écriture fluide et résolument contemporaine, « Juste avant l’oubli » est la bonne surprise de la rentrée littéraire 2015… enfin en poche!

Résultat de recherche d'images pour "livre camille, mon envolée livre d epoche" Camille, mon envolée, Sophie Daull, Livre de Poche, 6.60 euros

Ce livre n’est pas un livre facile, ce livre n’est pas un de ces « feel-good book » en vogue actuellement  et c’est justement pour ça qu’on l’aime. C’est un livre coup de poing, le cri de détresse d’une mère à qui la vie a arraché sa fille de 16 ans, mais c’est aussi le chant d’amour de cette femme pour sa fille, un chant célébrant la vie dans toute sa beauté, son absurdité, son ironie.

Sophie Daull commence à écrire dans les premiers jours qui suivent la mort de Camille, au terme de 4 jours d’une fièvre sidérante, juste avant Noël. Ecrire pour ne pas sombrer et pour ne pas oublier Camille et son regard « franc, droit, lumineux » . Elle évoque les moments quotidiens, les anicroches, les engueulades, les fous rires mais aussi la gestion au jour le jour de l’ « après » : l’organisation des funérailles, la distribution des objets, peluches, vêtements, ayant appartenu à l’adolescente.

Ce témoignage poignant nous émeut par son aspect universel, par la description si juste de la perte d’un être cher ; son livre n’est pas seulement un très bel hommage, mais aussi un acte de résistance et de courage.

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Notre sélection de livres de poche pour l’été

Résultat de recherche d'images pour "livre la mémoire des embruns"La mémoire des embruns, Karen Viggers, Le Livre de Poche, 8.30 euros

Mary, vieille dame à la santé déclinante, sent ses dernières forces l’abandonner alors qu’elle ressent l’urgence de revenir sur l’ïle de Bruny où elle vivait avec son mari, gardien de phare aujourd’hui décédé, et leurs trois enfants. Malgré l’avis de ses enfants, notamment celui de sa fille Jan, qui la verrait mieux en maison de retraite, elle s’installe dans une maison de bois rudimentaire, avec pour seule visite le passage journalier d’un jeune garde forestier taciturne. Affaiblie par ses problèmes de santé, Mary semble également tourmentée par ses souvenirs sur cette île où elle a pourtant vécu ses plus belles années… Seul son fils Tom, jeune homme torturé depuis son retour d’Antarctique, comprend et soutient sa démarche.

Laissez-vous envoûter par la magie de l’île de Bruny, par le charme de ses paysages sauvages et rudes… Un roman d’une grande force poétique dont les personnages nous émeuvent et nous touchent au coeur. Un enchantement.

Résultat de recherche d'images pour "livre l'amie prodigieuse"L’amie prodigieuse,Elena Ferrante, folio, 8.20 euros

L’ « amie prodigieuse », c’est Lila, l’amie d’enfance d’Elena, la narratrice, qui entreprend de raconter leur enfance ensemble dans un quartier pauvre du Naples des années 50. Sur fond de violence et de règlements de compte, les deux amies font l’apprentissage de la vie. Toutes deux sont douées pour les études mais seule Elena pourra poursuivre dans cette voie grâce à l’insistance de leur institutrice. Mais c’est Lila qui est brillante, qui semble manier les concepts comme de vulgaires cubes de jeu et avoir toujours une longueur d’avance sur ses camarades. Personnalité hors du commun, curieuse de tout, créative, elle subjugue bientôt les femmes et surtout les hommes du quartier.

L’ « Amie prodigieuse », c’est le portrait de cette jeune femme par son amie, qui a l’impression de la talonner en permanence, et aussi l’histoire d’une amitié féminine dans toute son ambivalence et sa féroce rivalité. Dans la même veine que « D’acier » de Silvia Avallone, voici une chronique sociale et intimiste qui peut paraître sans relief au premier abord mais qui distille peu à peu sa magie et qu’on quitte à regret. On a hâte de lire la suite! (« Le nouveau nom », éditions Gallimard)

Résultat de recherche d'images pour "livre daisy sisters mankell points"Daisy sistersHenning Mankell, Points seuil, 8.50 euros

Elna et Vivi sont correspondantes depuis le primaire et partagent leurs joies et leurs peines dans les lettres qu’elles échangent. C’est à l’été 1941, à 17 ans, qu’elles se rencontrent enfin en organisant une escapade à vélo le long de la frontière avec la Norvège, alors occupée par les nazis. L’été de l’aventure et du bonheur, qui charrie tous leurs espoirs de jeunes filles…Mais le rêve tourne court lorsqu’Elna, violée, revient chez elle et se découvre enceinte. Vingt ans plus tard, Eivor, la fille d’Elna, en conflit avec sa mère, s’enfuit de la maison avec un jeune délinquant. Les deux femmes parviendront-elles à nouer des relations sereines quand la fatalité semble s’acharner sur elles ?

Henning Mankell décrit admirablement les destins tourmentés de ces deux femmes aux prises avec les épreuves de la vie et pose la question de la responsabilité personnelle dans une société suédoise corsetée où il faut lutter pour se faire une place.

Résultat de recherche d'images pour "livre le secret du mari livre de poche"Le secret du mariLiane Moriarty, Livre de Poche, 7.90 euros

Ce n’est peut-être pas un hasard si la couverture de ce livre nous rappelle la série « Desperate Housewives » : mêmes pelouses impeccables, mêmes personnages un poil stéréotypés : Cecilia, meilleure vendeuse Tupperware devant l’éternel, toujours sous contrôle, Tess, mère quadragénaire en pleine crise sentimentale (son mari est tombé amoureux de sa cousine) et Rachel, grand-mère que la vie n’a pas épargné et qui se désole de voir son petit-fils s’envoler bientôt pour New York.

Avec ces personnages qui nous semblent déjà familiers et à partir d’un canevas de base assez simple, (Cecilia trouve dans le grenier une lettre de son mari portant la mention  » A n’ouvrir qu’après ma mort »), Liane Moriarty développe une intrigue redoutablement efficace, qui nous accroche et nous tient en haleine. Au fil des événements, ses personnages se révèlent plus subtils qu’il n’y paraît, un peu à l’étroit et englués dans leur propre peau mais terriblement humains. Les rebondissements ne manquent pas jusqu’au dénouement qui se joue de nos certitudes. Une lecture parfaite pour les vacances, à lire sur votre serviette!

Résultat de recherche d'images pour "livre pardonnable impardonnable j'ai lu"Pardonnable, impardonnableValérie Tong Cuong, Le Livre de Poche, 7.50 euros

« Pardonnable, impardonnable », c’est le jeu qu’avaient inventé le petit Milo et sa tante Marguerite et dans lequel s’exprimait toute leur complicité, puisqu’entre eux tout paraissait pardonnable. Jusqu’à ce jour d’été où, lors d’une promenade à vélo avec sa tante, Milo fait une mauvaise chute et se retrouve à l’hôpital, entre la vie et la mort…

Autour du destin de Milo s’articule celui de toute une famille qui se déchire pendant que le petit garçon lutte pour sa vie. Chacun se jauge, s’accuse, mais aucun des protagonistes n’est vraiment innocent. Céleste et Lino, les parents, Jeanne, la grand-mère, vont s’exprimer tour à tour comme à la barre d’un tribunal. Peu à peu les émotions se dévoilent, les conflits larvés resurgissent et l’harmonie familiale semble se craqueler définitivement…

Valérie Tong Cuong orchestre admirablement ce roman fait d’aveux, de secrets, de culpabilité et ménage des rebondissements qui nous tiennent en haleine. Un huis-clos dans lequel chacun se révèle et qui pose avec pertinence la question du pardon. Passionnant!

Résultat de recherche d'images pour "livre charlotte folio foenkinos"CharlotteDavid Foenkinos, Folio, 7.10 euros

Oubliez ce que vous connaissez de David Foenkinos : ses romans contemporains, chroniques douces-amères de la vie de couple, son ton ironique et tendre, son image d’écrivain consensuel. Avec « Charlotte », c’est un autre Foenkinos que nous découvrons, un auteur envoûté par l’oeuvre de la peintre Charlotte Salomon et « hanté » par l’histoire de sa vie qu’il lui faut retranscrire. Le texte, fait de phrases simples et courtes, se déroule tel une litanie en hommage au personnage de Charlotte, jeune fille dont le destin familial est jalonné de drames (le premier est le suicide de sa tante, dont elle porte le nom).

Au fur et à mesure du récit et des épreuves auxquelles elle est confrontée, Charlotte, jeune fille réservée et assez froide, devient une figure opiniâtre, sorte de jeune antigone dont l’art est « toute la vie ». Foenkinos, subjugué par le talent de l’artiste, suscite l’empathie du lecteur d’une façon très progressive tout au long du texte. Ainsi, le roman bénéficie d’une belle montée en puissance. Un texte épuré, comme dans l’urgence, qui se lit d’une traite. Foenkinos n’est plus seulement l’auteur, il est le témoin du destin sacrifié de Charlotte (elle mourra dans un camp de concentration, alors enceinte de son premier enfant), la voix qui parvient jusqu’à nous pour nous transmettre le sens de son oeuvre. Magistral.

Résultat de recherche d'images pour "livre les intéressants livre de poche"Les intéressantsMeg Wolitzer, Le  Livre de Poche, 9.10 euros

 On avait aimé le précédent roman de Meg Wolitzer, « la position », mais c’est dans Les Intéressants que sa voix prend toute son ampleur et se déploie admirablement sur plus de 500 pages. Elle nous raconte l’histoire d’un groupe de jeunes gens qui sympathisent à l’occasion d’un camps d’été nommé Spirit-in-the-woods, en 1972, et qui se baptisent eux -même « les intéressants ». Il y a là Goodman et sa soeur Ash, rejetons d’une famille huppée de New-York ; Jonah,  fils de la chanteuse folk Susannah Bay ; Ethan Figman, surdoué des films d’animation ; Cathy Kiplinger, qui rêve de devenir danseuse, et enfin Jules, la narratrice principale de ce roman, ado pleine d’esprit mais issue d’une famille modeste, qui se sent enfin exister au sein de ce groupe disparate.

D’une banale amitié adolescente perdurant tant bien que mal à l’âge adulte, Meg Wolitzer fait une fresque sociale et humaine passionnante s’étendant sur plus de quarante ans. En filigrane du roman, l’auteur nous pose plusieurs questions : qu’est-ce qu’une vie réussie? Le talent, la richesse,sont-ils des gages de bonheur? Et qui peut décider si une vie vaut plus ou moins qu’une autre? Un roman ambitieux et maîtrisé, porté par des personnages terriblement attachants dont on peine à se séparer quand se profile le mot « fin »… Une prouesse. A lire d’urgence !

 Résultat de recherche d'images pour "livre le jardin de bronze babel"Le jardin de bronzeGustavo Malajovich, Babel, 9.90 euros

La petite Moïra, 4 ans, et sa baby-sitter disparaissent à la sortie du métro alors qu’elles se rendent à un goûter d’anniversaire. Les parents, un couple au bord de l’implosion, mettent tous leurs espoirs dans l’enquête mais, alors que celle-ci piétine, ils se retrouvent face à face, rongés par la culpabilité et se déchirent. Fabian, le père, continue seul la lutte pour retrouver sa fille. Aidé dans son enquête par un détective privé aussi looser que cocasse (Doberti, superbe personnage secondaire auquel on s’attache), Fabian découvre les lieux interlopes de Buenos Aires, mettant à jour la corruption de la police elle-même, jusqu’à ce qu’une petite araignée de bronze dévie sa trajectoire…

Un superbe roman, noir et dense, qui s’inscrit dans la réalité sociale de l’Argentine d’aujourd’hui, pervertie par la crise financière. Une fresque envoûtante qui nous entraîne dans l’univers étrange et onirique du jardin de bronze.

Résultat de recherche d'images pour "livre l'intensité secrète de la vie quotidienne"L’intensité secrète de la vie quotidienneWilliam Nicholson, Livre de poche, 8,10 euros

Tout le sel de ce roman est dans son titre! Si vous cherchez de l’action, vous risquez de décrocher ; mais si vous aspirez à rencontrer des personnages qui vous ressemblent comme deux gouttes d’eau, à sonder les atermoiements de leurs âmes et à assister à la comédie sociale d’un petit village du Sussex pendant 8 jours, ce livre est fait pour vous.

William Nicholson nous avait déjà enchanté avec son livre « Quand vient le temps d’aimer ». Un seul bémol: les personnages étant plus nombreux, il est parfois plus difficile de s’y retrouver. Le personnage central est Laura, la quarantaine, archiviste, mariée à Henry avec qui elle a deux enfants et une existence assez paisible. Mais voilà que resurgit Nick, son amour de jeunesse, bousculant son quotidien et ravivant certaines blessures anciennes. Autour de Laura gravitent une douzaine de personnages dont l’auteur nous fait partager les sensations et réflexions intimes. La grande force du roman n’est pas ce qui s’y passe, mais bien la façon dont l’auteur sait être au plus près de ses personnages, saisissant la vie quotidienne dans son essence même, entre factures à payer et autres tuiles habituelles du quotidien, et les pensées secrètes tournoyant dans chaque cerveau solitaire.

Un roman dans lequel le quotidien prend toute son intensité, à la façon de certaines séries télé (Twin Peaks notamment), grâce au regard bienveillant de l’auteur. Un livre humain avant tout, dont on sort plus indulgent envers les petits travers de nos semblables…Chapeau, Mr.Nicholson!

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir - LivreL’idée ridicule de ne plus jamais te revoirRosa Montero, Points, 6.70 euros

C’est un de ces romans qui n’en sont pas vraiment un : ni roman, ni biographie, ni récit, et en même temps tout cela à la fois, le texte de Rosa Montero possède ce feu que seuls renferment les grands textes. Un texte dans lequel on avance, comme à tâtons, vers l’ « idée ridicule de ne plus jamais te revoir », qui est l’idée de la perte brutale d’un être cher et de son absence. A travers le personnage de Marie Curie et l’image presque incandescente de la scientifique au visage fermé qui vient de perdre son mari, c’est son propre deuil qu’aborde l’auteur avec beaucoup de pudeur et d’intelligence.

Ce texte, qui devait n’être qu’une préface, devient un récit tissé de réflexions lumineuses et étonnantes sur la vie et les relations humaines, avec des thèmes récurrents qui le jalonnent tels des repères : l’ambition féminine dans une société patriarcale, les injonctions morales culpabilisantes (« #faire ce qu’il faut ») , la force qu’il fallut à Marie Curie pour dépasser tout cela, ainsi que la personnalité de Marie elle-même, le feu couvant sous la glace. Tout cela modèle un récit singulier, ouvert et multiple. Un seul bémol à mon goût : les hashtags envahissant le texte qui, s’ils participent de sa singularité, peuvent aussi gêner le déroulement de la lecture.

 

 

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Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Résultat de recherche d'images pour "livre les petites consolations"Les petites consolations, Eddie Joyce, éditions Rivages, 22.50 euros

Comment se reconstruire après la perte d’un être cher, d’un fils, d’un frère, d’un mari? Les membres de la famille Amendola répondent chacun à leur manière à cette question et vivent ce drame intime différemment. Bobby, le fils préféré, pompier, est mort en héros dans les attentats du 11 Septembre 2001. Dix ans plus tard, ses parents, Gail et Mickaël, affrontent difficilement le quotidien, ressassant parfois leurs souvenirs ; Peter, le frère aîné, se noie dans le travail tandis que Francky, le frère cadet, sombre dans l’alcool et la dépression… Quand Tina, la veuve de Bobby, annonce qu’elle a rencontré quelqu’un, cela sonne pour certains comme un nouveau coup porté au défunt. Tina pourra-t-elle s’autoriser à aimer à nouveau et convaincre sa belle-famille de renouer avec le bonheur?

Dans ce roman choral où chacun exprime sa vérité tour à tour, Eddie Joyce explore avec une grande justesse le thème du deuil d’un être cher et la déflagration que peut provoquer cette perte dans la vie de ses proches, même des années après. Un roman sensible dont  les personnages, très attachants, (notamment Gail, qu’on découvre touchante en jeune mère inexpérimentée qui se laisse épauler par sa belle-mère) composent un magnifique portrait de famille. Une belle réussite.

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Et si l’amour durait toujours?

Résultat de recherche d'images pour "lettres a stella"Lettres à Stella, Iona Grey, éditions Les Escales, 22.50 euros

2011. Jess, jeune femme en détresse poursuivie par un compagnon violent, se réfugie dans une maison visiblement abandonnée d’un quartier cossu de Londres. Effrayée et blessée à la cheville, elle passe la nuit dans cette petite maison d’ouvrier des années 20 où le temps semble s’être arrêté. A son réveil, elle découvre dans la boîte aux lettres une missive adressée à Mademoiselle « S.Thorne » portant la mention « personnel et urgent ». Intriguée, la jeune femme ouvre l’enveloppe… et découvre la plus belle lettre d’amour qu’il lui ait été donné de lire. La lettre d’un ancien aviateur américain pendant la seconde guerre mondiale à la femme de sa vie, qu’il veut retrouver alors que ses jours sont comptés. Suite à la lecture de cette lettre, Jess se laisse emporter par cette histoire qui n’est pas la sienne, n’ayant de cesse d’en retrouver les protagonistes…

1943. A Londres, Dan Rosinski croise le chemin de Stella, la jeune épouse d’un pasteur parti à la guerre, et tombe immédiatement sous son charme. Rien ne joue en leur faveur : elle est mariée, il risque sa vie chaque jour dans des raids meurtriers. Mais cet amour semble exacerbé par les obstacles et s’épanouit dans les nombreuses lettres qu’ils échangent comme autant de promesses de bonheur…

Un roman captivant, qui passe d’une époque à l’autre avec une fluidité remarquable et nous entraîne avec fièvre dans le grand tourbillon de l’histoire. A l’instar du personnage de Jess, on brûle de comprendre l’histoire de Dan et Stella et leur amour par-delà les années nous fait vibrer. Un roman poignant qui n’a pas peur d’être romantique. Magnifique!

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Le charme discret de l’amie prodigieuse

Résultat de recherche d'images pour "livre l'amie prodigieuse"L’amie prodigieuse, Elena Ferrante, folio, 8.20 euros

Voilà un livre contrasté et saisissant : le prologue, très accrocheur, intrigue d’emblée : la narratrice reçoit le coup de téléphone de Rino, le fils de son amie d’enfance, Lila, qui est à sa recherche car elle a disparu depuis 15 jours. Lila, 65 ans, s’est évaporée en prenant soin d’effacer toute trace, papiers officiels, ordinateur ; excessive en tout comme à son habitude, elle a même découpé son visage sur les photos familiales : d’elle, il ne reste plus rien.

C’est alors qu’Elena, la narratrice, entreprend de raconter leur enfance ensemble dans un quartier pauvre du Naples des années 50. Sur fond de violence et de règlements de compte, les deux amies font l’apprentissage de la vie. Toutes deux sont douées pour les études mais seule Elena pourra poursuivre dans cette voie grâce à l’insistance de leur institutrice (la famille de Lila ne voulant rien entendre, elle restera « dans la plèbe »). Mais c’est Lila qui est brillante, qui semble manier les concepts comme de vulgaires cubes de jeu et avoir toujours une longueur d’avance sur ses camarades. Personnalité hors du commun, curieuse de tout, créative, elle subjugue bientôt les femmes et surtout les hommes du quartier.

L’ « Amie prodigieuse », c’est le portrait de cette jeune femme par son amie, qui a l’impression de la talonner en permanence, et aussi l’histoire d’une amitié féminine dans toute son ambivalence et sa féroce rivalité. Dans la même veine que « D’acier » de Silvia Avallone, voici une chronique sociale et intimiste qui peut paraître sans relief au premier abord mais qui distille peu à peu sa magie et qu’on quitte à regret. On a hâte de lire la suite! (« Le nouveau nom », éditions Gallimard)

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Un vent de fraîcheur sur votre printemps!

Résultat de recherche d'images pour "livre boston girl anita diamant"Boston Girl, Anita Diamant, éditions Hugo Roman, 17.50 euros

Boston Girl, c’est Addie Baum, née en 1900 de parents immigrés polonais aux Etats-Unis, benjamine d’une famille de trois soeurs avec son lot de drames (dont la mort du frère sur le bateau les emmenant en Amérique). Les parents sont soucieux d’élever leurs filles dans la pure tradition juive polonaise et espèrent de beaux mariages pour elles, mais Addie étouffe dans ce carcan trop strict. Sa vivacité et sa curiosité naturelle la poussent vers les études et la réalisation de soi, ce qui n’est pas une évidence à l’époque.

Le récit commence en 1985, lorsque la petite-fille d’Addie lui demande : « Comment es-tu devenue la femme que tu es aujourd’hui? » ; Addie se lance alors dans le récit de sa vie à partir de 1915, alors que, lycéenne, elle vient de rejoindre un groupe de lecture pour filles qui apportera une nouvelle dimension à sa vie et lui permettra d’envisager son avenir autrement. Ecrit comme une conversation, comme les confidences d’une grand-mère à sa petite-fille, Boston Girl est un roman vif, fait de chapitres courts et enlevés, qui se lit avec beaucoup de plaisir. On suit l’ascension du personnage d’Addie sur presque tout le siècle, avec les remous formés par les deux guerres et les combats pour l’amélioration de la condition féminine.

Dans la lignée de « Madame Hemingway », Boston Girl est un roman frais et féministe qui égaye notre printemps (une mention spéciale pour les titres des chapitres, aussi spontanés que des répliques orales et souvent réjouissants). Un vrai plaisir de lecture, à lire sans modération!

 

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Ennemies pour la vie

Résultat de recherche d'images pour "livre ma meilleure ennemie paula daly"Ma meilleure ennemie, Paula Daly, éditions le Cherche-midi, 20 euros

Natty, héroïne du quotidien, s’affaire du matin au soir dans l’hôtel qu’elle dirige avec son mari Sean tout en s’occupant de ses deux filles de 14 et 16 ans. Lorsque la cadette, Felicity, est hospitalisée d’urgence lors de son voyage scolaire  en France, Natty se précipite à son chevet en laissant la maisonnée aux mains de sa meilleure amie, Eve, psychologue de renom, de passage dans la région. Mais à son retour, tout a changé : Sean lui annonce qu’il est tombé amoureux d’Eve et qu’il veut divorcer. Le choc est rude pour Natty, d’autant qu’elle découvre grâce à un message anonyme le passé trouble d’Eve… Elle va devoir se battre pour sa famille face à une ennemie redoutable, rompue aux techniques de manipulation et connaissant ses plus lourds secrets.

Ce qui nous plaît dans ce thriller, comme dans le précédent du même auteur (« la faute » éditions Pocket), c’est l’aspect ordinaire et par là même attachant de ses personnages qui nous ressemblent, pétris de névroses contemporaines auxquelles il semble qu’on ne peut échapper : le désir de se réaliser et d’arriver à une sorte de perfection, comme le dit bien la phrase d’Anna Quindlen en exergue du livre : « j’avais la bêtise de croire que house beautiful rimait avec life wonderful ». Ainsi Natty se laisse piéger par son quotidien trépidant, jusqu’à en oublier l’essentiel, en l’occurrence sa vie de couple. L’auteur a l’art de mettre ses personnages face à leurs contradictions, dans des situations inextricables où l’on se surprend à se poser la question : « et moi, qu’aurais-je fait? ».

Un triller psychologique implacable, mené tambour battant et dont le dénouement nous laisse abasourdis.

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